Gandhi

gandhiEcrire un article sur Gandhi c’est un peu comme vouloir écrire un article sur Mandela ou Napoléon… On ne sait pas vraiment par où commencer. Mais le sujet se présente différemment lorsque l’on vit en Inde et que la date anniversaire du « père  spirituel de l’Inde » (le 2 octobre) est une fête nationale importante. Il serait présomptueux de vouloir expliquer pourquoi les Indiens ont cette ferveur et cette admiration pour Mohandas Karamchand Ghandi. Pourtant le lien qui unit cet homme au peuple indien est profond et difficile à appréhender pour les occidentaux.

Au-delà de son investissement pour la Ahimsa (non-violence), Gandhi est un ambassadeur de la culture et de la spiritualité indienne. Il est végétalien, il pratique régulièrement le jeûne et la méditation, il porte l’habit traditionnel (le dothi). Une anecdote appréciée des Indiens raconte que lorsque Gandhi fut reçu à Londres, lors d’un diner, il mangea avec les mains. L’assistance choquée lui demanda pourquoi il n’utilisait pas de couverts, lui faisant remarquer qu’utiliser ses mains était sale. Gandhi leur répondit qu’il savait si ses mains étaient propres ou non, par contre les autres convives ne pouvaient pas en dire autant de leurs couverts.

Dans sa quête sans relâche pour l’indépendance de l’Inde, il réussit à faire plier l’empire britannique sans jamais en venir aux armes là où les autres pays colonisés ont obtenu leur indépendance au prix de bains de sang, de terreur et de souffrance. La marche du sel visant à boycotter le monopole  britannique, ou encore l’incitation à fabriquer ses vêtements soi-même seront des actions de désobéissance civile majeures qui affaibliront l’Angleterre et permettront à l’Inde de bâtir son unité et son indépendance. La portée de ces actions va plus loin ; elle permet de mobiliser tous les Indiens à travers le pays, sans distinction de caste ou de lieu géographique et elle donne également un rôle à la femme dans la lutte pour l’indépendance. En effet, Gandhi ne croyait pas à l’économie moderne et au capitalisme et il prônait l’autosuffisance de l’Inde.

De religion hindouiste, Gandhi possède pourtant de fortes influences islamiques, jaïns, bouddhistes et chrétiennes. Il croit en l’Inde multiculturelle et refuse de ségréguer le territoire en fonction des religions. Il s’oppose formellement à la partition de l’Inde lors de la préparation de l’indépendance et refuse la création de deux pays sur le choix de la religion. Pourtant il doit finalement voter la partition entre l’Inde et le Pakistan en 1947, pour éviter la guerre civile entre hindous et musulmans. Il restera dévasté par ce choix et ne participera pas aux festivités de l’indépendance le 15 août 1947.

Après cela, il consacrera toute son énergie à l’unité entre hindous et musulmans, convaincu que c’est la clé pour l’avenir de l’Inde. C’est d’ailleurs ce combat qui motivera son assassin à passer à l’acte en 1948. Le nationaliste hindou reprochait à Gandhi la partition de l’Inde et l’affaiblissement du pays.
Gandhi aurait eu 144 ans le 2 octobre 2013 et son empreinte reste perceptible si on prend le temps de regarder le passé. Le protectionnisme économique qui a tant de mal à être reformé, la crainte des investisseurs étrangers, la tolérance entre les religions au quotidien, le malaise ambiant au sujet des castes ou de la condition de la femme sont autant de sujets d’actualité qui reviennent comme des échos à l’ère du Mahatma comme pour rappeler à l’Inde les défis qui lui reste à mener….

Marie FORCHINI